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Cette chronique est réalisée par M Charles K. Langford , vice-président, gestion de portefeuille overlay pour The New Providence Portfolio Management Ltd. Monsieur Langford anime depuis 1975 des séminaires et conférences sur la gestion de risque sur actions, obligations et instruments dérivés négociés en bourse et hors-bourse. Il a obtenu le titre de M.A. à l’Université McGill de Montréal et il est Fellow de l’Institut canadien des valeurs mobilières. Il a également publié des centaines d’articles et douze livres sur les stratégies d’options, l’analyse technique, la gestion du risque des taux d’intérêt à long terme et à court terme et sur la gestion de portefeuille. Il publie quotidiennement sur Internet un bulletin sur les FNB (Fonds négociés en bourse), basé sur l’analyse technique. Monsieur Langford est l’auteur d’un livre, qui sera publié en janvier 2006 par Les Éditions Quebecor, sur une méthode de détection des nouvelles tendances de prix.

Comment lire les gaps


Épictète, le philosophe grecque du II siècle après J.C., disait que tous les faits de notre vie peuvent se diviser en deux catégories : ceux qui sont sous notre contrôle et ceux qui ne le sont pas. Parmi ceux qui ne le sont pas il y a la propriété (il avait été esclave) et notre corps (à l’époque la plupart des maladies étaient incurables). Épictète aurait sûrement ajouté les gaps aux événements qui ne sont pas sous notre contrôle, si la bourse avait existé. En effet, le gap est un fait étrange, un vide dans le flux des prix, comme si soudainement l’eau du fleuve Saint-Laurent s’arrêtait de couler à Montréal, pour reprendre à Québec.

Le terme gap pourrait se traduire correctement par fossé, hiatus, etc. Mais partout les investisseurs aiment que les termes de la bourse soient globalement les mêmes, comme un code.

Il y a deux grandes catégories de gaps : ceux qui se créent entre deux séances et ceux qui ont lieu dans une même séance. Cette dernière catégorie intéresse principalement les spéculateurs intrasession et je vais les ignorer dans cette introduction puisque les intéressés sont largement minoritaires.

Un gap est tout simplement une fourchette de prix pour laquelle il n’y a pas eu de transaction : donc il s’agit de prix qui, en fait, n’existent pas. Par exemple, à la session d’hier le prix d’un titre se clôture à 50,00 $ alors que ce matin le prix a ouvert à 52,00 $ et il a continué à monter jusqu’à la fermeture. 52,00 $ est donc le bas d’aujourd’hui et le gap (à la hausse) entre la fermeture des marchés d’hier et le bas d’aujourd’hui est de 2,00 $.

Le gap entre deux sessions a donc lieu lorsqu’à l’ouverture des marchés, le prix est plus haut (gap à la hausse) ou plus bas (gap à la baisse) que le prix à la fermeture. Par la suite, dans la même journée, jusqu’à la fin de la séance, le prix est incapable de combler cette différence. Le résultat visuel se trouve dans les schémas 1, 2 et 3.

La raison pour qu’un gap survienne est double, des nouvelles surprenantes, inattendues créent des gaps. Il s’agit de nouvelles qui paraissent lorsque la bourse est fermée et qui ne peuvent donc pas influencer immédiatement les prix : elles le font à la prochaine ouverture des marchés. La plupart des gaps n’auraient pas lieu si la bourse était ouverte 24 heures par jour, sept jours par semaine. Mais les nouvelles ne suffisent pas toujours. Il y a des titres dont la nature est turbulente (on dira volatile dans le jargon de la bourse) et qui par conséquent aiment les gaps. Une nouvelle peut provoquer un gap mais celui-ci est amplifié par la nature du titre.

Les gaps entre deux sessions sont de deux types selon leur ampleur : mineurs et majeurs (voir les schémas 1 et 2). Le gap majeur est illustré dans la schéma 2 : à gauche le gap à la baisse et à droite celui à la hausse. En appliquant les prix de notre exemple au schéma de droite de la schéma 2 on dira que le bas (L = 52,00 $) de la deuxième session (S2) est supérieur au haut la fermeture (H= 50,00 $) de la session précédente (S1).

Un exemple de gap mineur est illustré dans le schéma de droite de la schéma 1. Par exemple, le prix de fermeture (C) de la première session (S1) est de 50,00 $ et le lendemain (S2) le prix d’ouverture est à 52,00 $ et il descend quelque peu, suffisamment pour être plus bas que le haut (H) de la première session, tout en s’arrêtant à un prix supérieur au prix de fermeture (C) de la session S1. Ensuite il remonte. Dans cet exemple, nous avons toujours un gap, mais il est plus petit que le gap de type majeur. La différence entre un gap majeur et un gap mineur est sa visibilité : dans un graphique à bâtonnets (bar chart) le gap majeur se démarque par son évidence visuelle, alors que le gap mineur demande parfois, une attention particulière pour le découvrir.

C’est une différence importante, parce que plus un gap est visible, plus il attire l’attention des investisseurs et plus grande est la probabilité d’influencer ceux-ci.

Quelle est alors l’importance d’un gap?

Un gap agit comme un aimant : il incite les investisseurs à négocier les prix qui ne l’ont pas encore été.

Il est évident qu’un gap pour agir comme aimant doit être visible et, pour exercer son pouvoir d’attraction, il doit être récent.

Schéma 1

Schéma 2


Un titre qui aime les gaps, surtout majeurs, est BVF (dans l’analyse technique le symbole suffit pour identifier le titre, le reste est superflu), comme illustre bien le graphique de la schéma 3.

Schéma 3
(Ce type de graphique est disponible avec la plateforme DDweb)


 

Le gap majeur A, en janvier, a été comblé par les prix du 4 mars.
Le grand gap majeur B a été comblé en plusieurs séances et il a été couvert entièrement le 23 mars.
Le petit gap majeur C a été couvert le 4 août.
Le grand gap majeur D a été comblé le 27 mai.
Les gaps E, F et G n’avaient pas encore été comblés à la date du graphique (2 septembre).

Il y a une classification académique des gaps, en fonction du comportement des prix. Les gaps ont lieu dans les zones de congestion (c’est-à-dire quand le titre bouge peu en répétant la même fourchette de prix) et dans les tendances, où il y a trois types de gaps parce qu’une tendance a une naissance, une vie et une mort.

Le gap dans une congestion s’appelle commun (en anglais common gap) et habituellement il est comblé à brève échéance. Le gap du début de tendance s’appelle gap de rupture (breakaway gap) : il est rarement comblé et ceci arrive habituellement plus tard que pour les autres types de gaps.
Le gap durant la tendance s’appelle gap de continuation (runaway gap) : parfois il est comblé rapidement.
Le gap à la fin d’une tendance porte le nom de gap terminal (exhaustion gap). Il peut être comblé rapidement par un comportement volatile des prix; mais en couvrant un gap, le prix en génère souvent un autre.

Dans le graphique du titre BVF on pourrait dire que :
A est un gap de rupture, parce qu’il est au début d’une tendance.
B est un gap commun, parce qu’il a lieu dans une large fourchette de prix, entre deux sommets (8 février et 24 mars) et le bas du 4 mars.
C est un gap de rupture, parce qu’il est au début d’une tendance à la baisse.
D est un gap de continuité.
E est un gap de rupture, au début d’une tendance à la hausse.
F est un gap de continuité.
G est probablement un gap terminal.

Cette classification donne l’impression de maîtriser le monde des gaps. En réalité, souvent c’est juste a posteriori que la classification peut avoir lieu et ceci n’aide pas à faire du profit.

En quoi un gap peut donc être rentable pour un investisseur? Seulement en sachant que tôt ou tard il sera comblé et l’investisseur pourra en profiter en plaçant des ordres d’achat ou de vente à des prix qui sont près de la couverture du gap.

L’analyse technique est excellente pour donner le point de départ d’une tendance; mais elle ne peut prédire à quel prix la tendance se termine. Un gap qui n’est pas encore comblé est donc un outil qui peut être utilisé pour fixer un objectif final ou intermédiaire.

Les investisseurs pour lesquels un gap est une source d’anxiété, devraient mettre de coté les titres, surtout ceux qui sont volatiles, et les remplacer par les titres d’indices boursiers, comme, par exemple, le canadien XIU (l’indice S&P/TSE60) et l’américain DIA (l’indice Dow Jones des titres industriels). Il est beaucoup plus rare qu’un indice conservateur fasse des gaps parce qu’il représente la moyenne d’un ensemble de titres et sa volatilité est inférieure à celle de ses composantes.

5 Septembre 2005 Charles K. Langford - NPPM Ltd.















Archives de l'Express DisnatDirect

  • Septembre 2005 - Utilisation de la bande de Bollinger
  • Août 2005 - Le MACD – Une introduction
  • Juillet 2005 - Comment identifier les changements de tendance avant les autres investisseurs?
  • Juin 2005 - Une application de la méthode prévisionnelle Langford
  • Mai 2005 - Options d’achat en jeu, à parité ou hors jeu?
  • Avril 2005 - Les stratégies équivalentes
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